
Municipales 2026 : « Mieux communiquer sur les avantages apportés par les ZTL », M. Reyes (VEDECOM)
« Pour résumer notre position sur les Zones à Trafic Limité (ZTL
Zone à trafic limité
), côté État, il semble important de travailler sur la lisibilité du cadre réglementaire, en essayant de standardiser ce dispositif. Et pour les collectivités : mieux communiquer sur les avantages des ZTL en insistant sur le fait qu’elles ne sont pas qu’un outil d’amélioration de la qualité de l’air, mais aussi un outil d’apaisement et d’amélioration de l’expérience vécue dans l’espace public partagé, afin d’apporter de la clarté aux usagers », déclare Mariana Reyes, chercheuse en aménagement du territoire et en économie des transports au sein de l’Institut VEDECOM
Implanté à Versailles, VEDECOM est un institut de recherche et d’innovation agissant comme un catalyseur pluridisciplinaire de la R&D dédiée aux mobilités durables et intelligentes.- « Fondation…
, à News Tank le 23/03/2026.
VEDECOM est un institut de R&D
Recherche et développement
dédié aux nouvelles mobilités, en particulier aux mobilités durables. « Il mêle sociologie, psychologie et technologie pour réfléchir et concrétiser les solutions de demain. » En septembre 2025, dans le cadre de son projet “DEcarboner les MObilités”, l’Institut a publié une série de fiches à destination des élus, consacrées à différentes politiques publiques de mobilité. Il y formule des recommandations fondées sur des retours d’expérience recueillis auprès de collectivités territoriales et d’opérateurs, « afin de mieux structurer, piloter et évaluer ces politiques ».
News Tank Mobilités s’associe à l’Institut VEDECOM et vous propose une série d’entretiens avec des chercheuses et chercheurs qui analysent ces politiques publiques pour nourrir la réflexion dans le cadre des élections municipales de 2026 et durant toute la période de mise en place des nouveaux exécutifs locaux.
Après un premier entretien sur les politiques publiques du stationnement et des modes actifs, l’attention se porte désormais sur les Zones à Trafic Limité, outil à disposition des collectivités pour limiter l’accès à une zone à certains véhicules en fonction de leur usage afin de réserver cette zone aux déplacements les plus essentiels. Quelles sont les limites du dispositif ? Comment travailler sur son acceptabilité et mieux communiquer sur ses objectifs ? Quelles sont les différences entre les ZTL et les ZFE
Zone à faibles émissions
?
Retrouvez toutes les recommandations formulées par l’Institut VEDECOM dans une fiche pratique sur la mise en œuvre des ZTL (téléchargeable ci-dessous).
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« Nous avons souhaité cibler les ZTL plutôt que les ZFE, car les premières sont plus locales et territorialisées »
Dans votre fiche consacrée aux zones à trafic limité, vous indiquez que les collectivités que vous avez interrogées pointent « le manque de contrôles stricts et des périmètres parfois trop restreints ». À quoi sont dues ces limites ?
Des contraintes financièresLes collectivités souhaitent souvent faire des ZTL un outil flexible et limitent ainsi les contrôles, c’est d’abord un choix. Ensuite, la volonté de mieux faire respecter les ZTL et leur périmètre est freinée à cause des contraintes financières. En effet, les technologies dites “intelligentes” permettant de réaliser les contrôles sont coûteuses, tandis que la police municipale, déjà bien occupée, n’a pas forcément les moyens d’assurer les contrôles dans les ZTL.
Les collectivités ont aussi fait le choix de laisser des zones suffisamment grandes, mais pas trop élargies non plus, pour tester dans un premier temps les dispositifs. Nous recommandons d’ailleurs, dans notre fiche pratique, de déployer progressivement les ZTL en plusieurs phases.
Un autre frein est l’acceptabilité des ZTL par les habitants et plus particulièrement par les commerçants. Les collectivités recherchent donc souvent un compromis pour améliorer la qualité de l’espace public sans que ce soit perçu comme un bouleversement.
Certains élus pointent le manque de clarté dans la loi sur le statut juridique des zones à trafic limité. Partagez-vous ce constat ?
En effet, nous avons constaté que les ZTL étaient présentées dans la loi comme une mesure de stationnement et d’utilisation de l’espace public, mais pas comme un dispositif clairement défini. Cela rend cette mesure difficile à appréhender pour les collectivités.
La résistance des commerçants est souvent mentionnée par les collectivités qui mettent en place des ZTL. Quelles réponses peuvent être apportées aux commerçants ?
Rendre visibles les réalités concrètes des déplacementsLes commerçants craignent en effet que les ZTL, en limitant l’accès aux voitures, diminuent l’attractivité de leur commerce. Des études récentes menées dans plusieurs villes, notamment dans le nord de la France, montrent que les habitants se rendent surtout à pied dans les commerces de centre-ville. Il faut donc peut-être mener plus d’études de ce type et donner plus de place à la recherche pour rendre visibles les réalités concrètes des déplacements.
« Les habitants se rendent surtout à pied dans les commerces de centre-ville »
• Selon une étude du Cerema , menée à partir des données issues des enquêtes ménages-déplacements et publiée en 2019, 74 % des clients des commerces de centre-ville dans les grandes agglomérations s’y rendent à pied, à vélo ou en transports en commun.
• Avant cela, en 2016, une étude publiée par la Métropole Rouen Normandie sur la « Marchabilité et vitalité commerciale » mettait en évidence un écart entre la perception des commerçants et celle des clients : 78 % des commerçants pensent que le manque de stationnement est un frein au shopping, contre seulement 20 % des clients.
• Une autre enquête, réalisée sur quatre rue commerçantes à Antony (92), Rosny (93), Chelles (77) et Ermont (95) et publiée en janvier 2026 par le Collectif Vélo Île-de-France , montre que la marche est le premier mode de déplacement des clients des commerces de centre-ville (65 % en moyenne - entre 50 et 80 % selon les communes).
Quels types de campagnes de communication et d’animations sont les plus efficaces pour expliquer les objectifs et les bénéfices des ZTL ?
Disposer de campagnes de communication de grande ampleurLes retours d’expérience que nous avons collectés auprès des collectivités ont mis en évidence l’importance de disposer de campagnes de communication de grande ampleur pour accompagner la mise en œuvre des ZTL. Il est important que ces dispositifs soient connus avant leur déploiement, afin d’éviter que les habitants ne découvrent de nouveaux panneaux de signalisation sans les comprendre. La Ville de Paris, par exemple, a mené un travail important de communication sur sa ZTL instaurée dans le centre-ville en novembre 2024.
S’appuyer sur les 'Maisons des mobilités'Certaines collectivités s’appuient sur leur “Maison des mobilités” pour accompagner les habitants dans l’implémentation des politiques comme celle-ci. Ces lieux, dont l’objectif est d’informer les habitants sur l’offre de mobilité dans un territoire, ont lancé des campagnes sur les réseaux sociaux ciblées sur les usagers qui cherchaient des alternatives à la voiture individuelle, etc. C’est notamment le cas de la maison des mobilités de Grenoble Alpes Métropole qui orientait les usagers vers les alternatives de mobilité qui répondaient mieux à leurs besoins, notamment l’autopartage dans certain cas.
Au-delà de la communication par l’affichage, les collectivités peuvent donc mobiliser les réseaux sociaux, mais aussi les médias plus classiques pour communiquer sur les ZTL et sur les bénéfices attendus.
Quels dispositifs de régulation ou supervision préconisez-vous, garantissant à la fois l’acceptabilité du dispositif et son efficacité ?
Les collectivités peuvent mobiliser les outils de détection “intelligents” mentionnés auparavant, les caméras et capteurs, etc. Ces outils peuvent aussi être utilisés à d’autres fins, notamment pour le stationnement ou les livraisons, afin de réduire les coûts pour les collectivités.
On pourrait également imaginer des outils qui communiquent avec les véhicules situés à proximité d’une ZTL pour les avertir s’ils s’en approchent, à l’image des applications de cartographie les plus utilisées qui intègrent les Zones à Faibles Émissions (ZFE).
Si les ZTL et les ZFE partagent certains objectifs - limiter l’accès à des véhicules pour protéger la santé et favoriser la qualité de vie - elles diffèrent dans leur fonctionnement. La ZTL limite l’accès à une zone à certains véhicules en fonction de leur usage afin de réserver cette zone aux déplacements les plus essentiels, tandis que la ZFE limite l’accès à une zone à des catégories de véhicules classés selon leur niveau d’émission de polluants atmosphériques sur la base des vignettes Crit’Air. Quels dispositifs préconisez-vous et pour quels usages ?
Les ZTL visent plutôt à améliorer la qualité de l’espace public partagéNous avons souhaité cibler les ZTL plutôt que les ZFE, car les premières sont plus locales et territorialisées. Même si les deux partagent effectivement certains objectifs, les ZTL visent plutôt à améliorer la qualité de l’espace public partagé entre les modes et l’accès à cet espace. Les ZTL peuvent en plus avoir d’autres effets positifs tels que la réduction des nuisances dans les zones concernées (bruit, congestion) et, de façon plus ponctuelle, l’amélioration de la qualité de l’air. La ZFE, elle, vise surtout à améliorer la qualité de l’air et d’autres paramètres environnementaux.
La ZTL nous apparaît ainsi comme une déclinaison locale de la ZFE qui se concentre sur l’habitabilité des zones concernées. Nous ne pouvons donc pas affirmer qu’un dispositif est mieux que l’autre, car ils ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs. Ils sont complémentaires et permettent, ensemble, d’atteindre des objectifs globaux de durabilité.
Que pensez-vous de la suppression des ZFE prévue par l’article 15 ter du projet de loi de simplification de la vie économique qui doit encore être voté par le Parlement ?
Un dispositif complexe qui n’a pas forcément été assez travailléLa ZFE est un dispositif complexe qui n’a pas forcément été assez travaillé pour être appliqué localement. La mise en œuvre de ce dispositif s’est accompagnée d’un manque d’alternatives proposées, ainsi que d’un budget insuffisamment adapté aux contraintes opérationnelles des collectivités. C’est l’une des autres raisons pour lesquelles nous avons retenu la ZTL pour notre fiche pratique.
Un recul pour le climatLa ZFE a suscité de nombreuses polémiques, car la mesure risquait d’accentuer les disparités entre les ménages les plus vulnérables qui n’ont pas les moyens d’acquérir un véhicule peu émetteur de CO2 et qui rencontrent souvent plus de difficultés à accéder à un réseau de transport en commun suffisant. C’est surtout la façon dont les pouvoirs publics ont proposé de mettre en œuvre les ZFE et la temporalité qui n’ont pas été bien accueillis.
Néanmoins, la suppression des ZFE est un recul pour le climat, car le projet de loi qui prévoit sa suppression ne propose pas non plus de mesures alternatives.
Institut VEDECOM (Vedecom)
Implanté à Versailles, VEDECOM est un institut de recherche et d’innovation agissant comme un catalyseur pluridisciplinaire de la R&D dédiée aux mobilités durables et intelligentes.
- « Fondation public-privée, VEDECOM agit comme un tiers de confiance, fédérateur d’écosystèmes et interface entre l’industrie, le monde académique et les acteurs publics. »
- « Grâce à sa combinaison unique d’expertises — ingénierie, sciences humaines, sociales et économie — et à ses plateformes d’expérimentation, VEDECOM transforme la recherche en solutions concrètes, testées et démontrées sur le terrain. »
• Création : 2014
• Expertises :
- Électrification et systèmes de recharge
- Mobilité automatisée et connectée
- Usages et impacts des mobilités
- Programmes de formation issus des projets R&D
• Membres fondateurs : Université Gustave Eiffel, ESTACA, ESIGELEC, Renault Group / Soutenu par l’État (France 2030)
• Effectif : environ 100 salariés
• Président : Stephen Marvin
• Directeur général : Pascal Goumault
• Contact : communication@vedecom.fr
Catégorie : Enseignement supérieur et formation
Adresse du siège
23 bis allée des Marronniers78000 Versailles France
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Fiche n° 10293, créée le 29/09/2020 à 12:43 - MàJ le 04/05/2026 à 11:17
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