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No Kids : « La polémique autour de l’offre SNCF met en lumière un sujet plus large » (Constance de Pélichy)

News Tank Mobilités - Paris - Interview n°429426 - Publié le
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Constance de Pélichy, députée du Loiret (LIOT) - ©  Assemblée nationale

« La polémique autour de l’offre de SNCF Voyageurs met en lumière un sujet plus large : la place des enfants dans notre société. Ma proposition de loi ne vise pas l’entreprise en elle-même, mais elle s’inscrit contre une tendance commerciale qui tend à se généraliser dans le silence », déclare Constance de Pélichy, députée du Loiret (LIOT groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires à l’Assemblée nationale ), à News Tank le 06/02/2026.

Constance de Pélichy a déposé une proposition de loi pour reconnaître l’exclusion des mineurs des transports comme discrimination le 04/02/2026. Le texte a deux objectifs :
• clarifier le droit en reconnaissant l’exclusion de mineurs dans les lieux de vie, ou dans les transports, comme motif de discrimination ;
• demander au Gouvernement un rapport pour évaluer la loi.

Le dépôt de cette PPL Proposition de loi intervient alors qu’une polémique a émergé autour de l’offre premium « Optimum + » proposée par SNCF Voyageurs, lancée le 08/01/2026 sur la ligne Paris-Lyon. Cette classe, non ouverte à la réservation pour les enfants de moins de 12 ans, a suscité de nombreuses réactions et relancé le débat sur la place des enfants dans la société.

« Le vrai problème, c’est le nom. L’offre de la SNCF s’appelle “Optimum +” : le terme évoque le meilleur, l’excellence et devrait refléter ce qui nous permet de faire société. Si elle avait été présentée comme une “classe affaires”, un “espace coworking” ou un “silence +”, personne n’aurait interdit les enfants. Stigmatiser les enfants pour un problème qui n’existe pas revient à leur faire peser un préjugé manifeste, alors qu’il existe des enfants de moins de 12 ans très calmes. Et, finalement, on est parfois plus gêné par une série bruyante ou un coup de téléphone que par un enfant. Aucune classe d’âge n’assure la tranquillité. »

Constance de Pélichy répond aux questions de News Tank.


« Plutôt que d’interdire, il faudrait sectoriser les espaces et appliquer les règles à tous » (Constance de Pélichy)

Vous avez déposé une PPL pour reconnaître l’exclusion des mineurs des lieux de vie, y compris dans les transports, comme discrimination. Est-ce une réaction à la polémique récente ?

La polémique autour de l’offre de SNCF Voyageurs met en lumière un sujet plus large : la place des enfants dans notre société. Mon texte ne vise pas l’entreprise en elle-même, mais il s’inscrit contre une tendance commerciale qui tend à se généraliser dans le silence. Il est anormal d’interdire l’accès à certains espaces à une partie de la population sans raison de sécurité, surtout quand on accepte la présence d’animaux de compagnie dans ces mêmes lieux. On accorde parfois plus de droits à un chien ou à un chat qu’à un être humain.

Est-il important de soulever ce sujet à l’Assemblée  ?

Ce débat est nécessaire pour réfléchir à la place que l’on souhaite accorder aux enfants dans la société. Évoquer une telle question divisera forcément les parlementaires, car l’Assemblée représente l’ensemble de la France.

La notion de discrimination a-t-elle déjà été utilisée pour viser une offre «  No Kids  »  ?

Sur la question du «  No Kids  », il n’existe pas de jurisprudence. Aucune affaire n’a été jugée et la justice n’a jamais reconnu cela comme une discrimination. C’est pour cela que ma proposition de loi a un rôle à jouer.

Identifiez-vous une tendance de fond sur le «  No Kids  »  ?

On assiste à une commercialisation croissante des espaces «  No Kids  », que ce soit dans les trains, les hôtels ou les restaurants. Cela reflète une partie de la société qui rejette la présence des enfants.

On part du principe qu’un enfant est forcément un perturbateur, alors qu’il apporte de la vie et du bonheur. La plupart du temps, sa présence ne pose pas de problème. Je ne nie pas que certains aient besoin de tranquillité, notamment pour le télétravail, mais ces offres doivent rester des options et non des règles générales.

Est-ce donc surtout un problème lié au périmètre d’une telle offre   ?

Il n’existe pas d’espace spécifique pour les enfants

Le vrai problème, c’est le nom. L’offre de la SNCF s’appelle “Optimum +” : le terme évoque le meilleur, l’excellence et devrait refléter ce qui nous permet de faire société. Si elle avait été présentée comme une “classe affaires”, un “espace coworking” ou un “silence +”, personne n’aurait interdit les enfants. Stigmatiser les enfants pour un problème qui n’existe pas revient à leur faire peser un préjugé manifeste, alors qu’il existe des enfants de moins de 12 ans très calmes. Et, finalement, on est parfois plus gêné par une série bruyante ou un coup de téléphone que par un enfant. Aucune classe d’âge n’assure la tranquillité.

Dans le même temps, il n’existe pas d’espace spécifique pour les enfants. Un enfant de moins de trois ans qui apprend à marcher a besoin de bouger et de parler pour développer son langage. Pourquoi ne pas créer un espace adapté à leurs besoins   ? Et cet espace, faudrait-il l’interdire aux adultes non accompagnés  ? Évidemment non.

Quelle est la solution pour ceux qui ont besoin de ces offres  pour des usages spécifiques ?

Plutôt que d’interdire, il faudrait sectoriser les espaces et appliquer les règles à tous. Dans le cas d’une classe silence, si quelqu’un ne respecte pas le calme, qu’il s’agisse d’un enfant avec ses parents ou d’un adulte regardant une série bruyante, il doit sortir. Arrêtons de stigmatiser une catégorie de la population et mettons en place des règles universelles.

Il manque encore des espaces de jeux adaptés

Dans les lieux adaptés aux besoins des enfants, la cohabitation fonctionne très bien. Dans les musées, par exemple, les parcours spécifiques permettent une bonne cohabitation et aucune pétition n’émerge.

L’Espace Famille du TGV InOui rassemble toutes les familles et limite les nuisances, mais il manque encore des espaces de jeux adaptés. Pourtant, certains wagons-bar restent à moitié vides.

Y a-t-il des exemples dont nous devrions nous inspirer ?

En Suisse, des wagons spécialement dédiés aux enfants sont proposés à bord des trains. En Italie, un pays qui a pourtant un taux de natalité structurellement bas, de nombreuses initiatives sont mises en place pour les enfants : tables à langer dans les bars et restaurants, files prioritaires pour les familles, etc. La considération de l’enfant dans l’espace public y est donc bien différente.

Vous avez co-présidé une mission d’information sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France. Y a-t-il un travail spécifique à mener sur les transports pour les familles  ?

Les infrastructures restent excluantes

On peut citer le métro parisien, opéré par la RATP. Le matériel roulant est ancien et peu adapté aux PMR Personne à mobilité réduite , donc aux poussettes. Seul ou seule, avec deux enfants la situation devient périlleuse sur les quais et dans la rame. La RATP met en avant la formation de ses agents pour accompagner les voyageurs, mais cela ne suffit pas et ils sont souvent absents : les infrastructures restent excluantes pour tous ceux qui rencontrent des difficultés de mobilité, qu’elles soient reconnues ou non comme un handicap.


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