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Autopartage : « Entre intérêt général, équilibre économique et accompagnement », M. Reyes (VEDECOM)

News Tank Mobilités - Paris - Analyse n°435836 - Publié le
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Service d’autopartage Citiz - ©  D.R.

« Pour les services d’autopartage, le principal message à faire passer est de bien réfléchir au montage de l’offre en évaluant la pertinence d’une Société Public Locale (SPL Société publique locale - Société anonyme à la disposition des collectivités locales françaises pour la gestion de leurs services publics ) ou d’un contrat avec des acteurs privés. Tout en veillant, pour la collectivité, à toujours garder la main, notamment dans le positionnement des véhicules. Il est important de prévoir dans les contrats des clauses sur la répartition des voitures, afin qu’elles ne soient pas uniquement situées dans le centre-ville, mais aussi dans des zones moins attractives pour les opérateurs. La mise en place de subventions permettra de trouver un équilibre avec ces derniers. Enfin, il est nécessaire de mobiliser des ressources pour accompagner les usagers, les informer sur l’offre, sur l’accès aux véhicules, sur les avantages financiers de l’autopartage par rapport à la voiture personnelle, etc. », déclare Mariana Reyes, chercheuse en aménagement du territoire et en économie des transports au sein de l’Institut VEDECOM Implanté à Versailles, VEDECOM est un institut de recherche et d’innovation agissant comme un catalyseur pluridisciplinaire de la R&D dédiée aux mobilités durables et intelligentes.- « Fondation… , à News Tank le 30/03/2026.

« VEDECOM est un institut de recherche et d’innovation dédiée aux mobilités durables et intelligentes. Grâce à sa combinaison unique d’expertises — ingénierie, sciences humaines, sociales et économie — et à ses plateformes d’expérimentation, VEDECOM transforme la recherche en solutions concrètes, testées et démontrées sur le terrain. » En septembre 2025, dans le cadre de son projet “DEcarboner les MObilités”, l’Institut a publié une série de fiches à destination des élus, consacrées à différentes politiques publiques de mobilité. Il y formule des recommandations fondées sur des retours d’expérience recueillis auprès de collectivités territoriales et d’opérateurs, « afin de mieux structurer, piloter et évaluer ces politiques ».

News Tank Mobilités s’associe à l’Institut VEDECOM et vous propose une série d’entretiens avec des chercheuses et chercheurs qui analysent ces politiques publiques pour nourrir la réflexion dans le cadre des élections municipales de 2026 et durant toute la période de mise en place des nouveaux exécutifs locaux.

Après un premier entretien sur les politiques publiques du stationnement et des modes actifs, puis un deuxième entretien sur les Zones à Trafic Limité, place à l’autopartage. Quels sont les objectifs de ces services ? Comment les financer ? Comment inciter à leur usage ? Quels types de véhicules privilégier ?

Retrouvez toutes les recommandations formulées par l’Institut VEDECOM dans une fiche pratique sur la mise en œuvre des ZTL Zone à trafic limité (téléchargeable ci-dessous).


Consulter la fiche pratique consacrée à l’autopartage  Publié le 27/03/2026 à 16 :13
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« Veiller, pour la collectivité, à toujours garder la main, notamment dans le positionnement des véhicules »

Quels sont les objectifs de l’autopartage ?

Remettre en question un modèle

L’autopartage consiste à utiliser une voiture sans en être propriétaire. Il s’adresse surtout aux personnes qui peuvent facilement utiliser d’autres moyens de transport. Cependant, l’autopartage ne répond pas à tous les cas d’usage. Certaines personnes ont en effet besoin d’une voiture personnelle, car elles en font un usage très spécifique. L’usager qui utilise l’autopartage de temps en temps réfléchit plus à ses déplacements que lorsqu’il utilise sa propre voiture. Il prendra rarement une voiture en autopartage pour parcourir 2 kilomètres. L’autopartage est donc aussi un levier de choix modal. Il s’agit d’appuyer la transition vers une société qui ne se repose pas à 100 % sur la voiture personnelle et de remettre en question un modèle dans lequel la voiture est une acquisition obligatoire dans une vie.

Que préconisez-vous pour financer les services d’autopartage ?

Cela dépend beaucoup de la manière dont on met en œuvre la politique d’autopartage. Il y a plusieurs manières de le faire. Ce qui est sûr, c’est que s’il y a la volonté d’améliorer l’offre de services dans les réseaux de transport en y ajoutant l’autopartage, il faut mobiliser les acteurs publics, privés et les usagers potentiels.

Un manque de stabilité dans le modèle économique de l’autopartage

Nos recherches ont fait ressortir un manque de stabilité dans le modèle économique de l’autopartage, en dehors des zones urbaines. Nous pourrions imaginer des montages hybrides avec, par exemple, une entreprise privée qui exploite le service, apporte la rapidité, l’innovation, etc. et une entreprise publique qui pilote le fonctionnement de l’offre. Ces montages hybrides peuvent, par exemple, s’appuyer sur des SPL. Ces dernières ont, en effet, des avantages qui peuvent compenser les limites d’une approche uniquement privée. C’est notamment le cas de la Métropole de Lyon qui a porté un projet très ambitieux en la matière. L’avantage de la SPL est de reconnaître l’autopartage comme un mode de transport d’intérêt général qui ne sera pas nécessairement lucratif, mais qui tendra à l’équilibre sur le long terme. Cependant, ce modèle conviendra surtout aux grandes collectivités. L’autre avantage de la SPL est que les décisions sont prises par la collectivité, qui pourra ainsi choisir de mettre en place le service d’autopartage là où il y a un besoin et non là où il sera le plus rentable.

La SPL est une société anonyme détenue par une collectivité territoriale ou son groupement qui vise à réaliser des missions confiées par cette dernière à travers un contrat de la commande publique (DSP Délégation de service public , CSP Concession de service public , etc.).

Conformément à l’article 1er de la loi n° 2010-559 du 28/05/2010 pour le développement des sociétés publiques locales, les collectivités territoriales et leurs groupements détiennent la totalité du capital de ces sociétés.

« Les SPL sont de nouveaux outils mis à la disposition des collectivités territoriales leur permettant de recourir à une société commerciale sans publicité ni mise en concurrence préalables, dès lors que certaines conditions sont remplies », indique le Gouvernement.

« Les SPL sont compétentes pour réaliser des opérations d’aménagement et de construction ou pour exploiter des services publics à caractère industriel ou commercial ainsi que toutes autres activités d’intérêt général », explique la Fédération des EPL Établissement public local , association qui représente les entreprises publiques locales dont les SPL.

Selon elle, les avantages de la SPL sont la maîtrise politique, puisque « les collectivités locales sont les seuls maîtres à bord », le gain de temps et d’argent, puisque les SPL échappent aux obligations de mise en concurrence, et la simplicité juridique, la SPL étant liée à sa collectivité par un contrat limité dans le temps.

L’autopartage est-il intéressant financièrement pour l’usager qui souhaiterait se passer totalement de son véhicule personnel ?

Pour un usage occasionnel, l’autopartage reste accessible

Nous n’avons pas chiffré le coût de l’autopartage et ne l’avons donc pas comparé à celui d’un véhicule personnel. Certaines études comparent les coûts fixes d’une voiture personnelle, qui représente une part importante des dépenses des ménages, les coûts fixes liés à l’utilisation d’une voiture en autopartage, qui sont faibles, et les coûts variables, c’est-à-dire les coûts liés à la distance, à l’usage, etc. Selon une étude [Litman, T. (2000). Evaluating Carsharing Benefits. Transportation Research Record : Journal of the Transportation Research Board, 1702 (1), 31-35.], pour un usage occasionnel, l’autopartage reste accessible, même aux ménages les plus modestes. En revanche, le coût est équivalent ou supérieur à celui d’une voiture personnelle si le service est utilisé quotidiennement, puisque les coûts variables sont élevés. Cela dépend de la formule d’abonnement et du type d’autopartage. Il reste intéressant de mieux mettre en avant les avantages financiers de l’autopartage pour un usage occasionnel et en complémentarité du reste du réseau des transports en commun.

Quels sont les principaux leviers pour inciter les usagers à adopter l’autopartage, malgré les freins “culturels” liés aux habitudes et à l’attachement au véhicule personnel ?

Donner un maximum de visibilité aux services d’autopartage et accompagner les usagers

Les freins culturels sont encore plus importants pour le covoiturage où il faut en plus partager sa “bulle” et entrer dans l’espace d’autres personnes. L’autopartage peut tout à fait entretenir des comportements autosolistes et semble ainsi être plus facile à accepter que le covoiturage pour un usager. L’accompagnement personnalisé dans les Maisons des mobilités ou parfois proposé par les collectivités de plus petites tailles sont des leviers qui peuvent être activés pour dépasser ces freins. Les subventions et autres incitations économiques au lancement de ces services sont également un bon moyen de les dépasser. Il est aussi important de donner un maximum de visibilité aux services d’autopartage et aux voitures partagées. En les mettant dans des endroits où elles sont visibles pour faire connaître le service. Enfin, il faut simplifier l’accès aux voitures pour faciliter l’usage. Une des collectivités qui a partagé son retour d’expérience lors de la journée de l’autopartage, à Lyon, en 2024, avait mis en place une application, permettant notamment de déverrouiller les véhicules, qui a été perçue comme très compliquée. Elle a finalement installé des boîtiers à clé, beaucoup plus simples à utiliser. Pour favoriser l’adoption du service, l’expérience utilisateur doit être aussi fluide et proche que possible de celle d’une voiture personnelle, accompagnée d’un dispositif pédagogique pour lever les freins à l’usage. De nombreuses innovations numériques ont été proposées depuis le lancement des premiers services d’autopartage, mais il faut garder en tête que les approches ‘low tech’ restent pertinentes dans certaines situations.

Quels autres leviers les collectivités peuvent-elles activer pour encourager le recours aux services d’autopartage ?

La politique de stationnement est très liée à celle de l’autopartage

Dans les réseaux d’autopartage Citiz, déployés par exemple à Strasbourg ou à Bordeaux, des places de stationnement sont réservées aux voitures du service. La politique de stationnement est très liée à celle de l’autopartage et constitue donc l’un des leviers les plus importants à développer en parallèle. L’autre politique à mobiliser est l’énergie. Une partie, voire la totalité, des flottes d’autopartage étant électrique, cela implique la présence de bornes de recharge sur les emplacements de stationnement. Agir sur les tarifs de recharge est aussi un levier pour attirer des usagers. Tout comme agir sur les tarifs sociaux. C’est d’ailleurs un autre avantage de la SPL que de pouvoir mettre en place toute une grille tarifaire sociale et solidaire.

Peut-on imaginer des voies réservées pour l’autopartage ?

Pour le covoiturage oui, mais pas pour l’autopartage, car, comme nous l’évoquions auparavant, l’usage des voitures partagées n’enlève pas le fait qu’elles peuvent être utilisées en autosolisme. C’est l’une des limites de l’autopartage, mais qui est compensée par le fait qu’il correspond à un usage ponctuel d’un véhicule partagé.

Peut-on également imaginer des combinaisons entre l’autopartage et d’autres modes de transport dans une logique intermodale, pour se rabattre sur une gare par exemple ?

L’autopartage a tout à fait sa place dans un système intermodal, en le reliant à des hubs de mobilité, pour fournir des services alternatifs et complémentaires qui correspondent aux besoins des usagers. Strasbourg par exemple, a aménagé plusieurs places de stationnement réservées à l’autopartage près de la gare. En dehors des grands hubs de mobilité, notamment dans les zones rurales et périurbaines, il est également possible de positionner un service d’autopartage pour rejoindre des pôles de transport en commun.

Dans quelle mesure la maintenance des véhicules peut-elle constituer un problème pour les services d’autopartage et compromettre leur viabilité ?

La maintenance des véhicules est l’un des principaux postes de coût pour un service d’autopartage. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le service Autolib’ à Paris (2011-2018) n’a pas fonctionné. Les véhicules étaient rapidement dégradés. C’est donc un aspect à prendre en compte pour le choix du véhicule. Il faut penser à sa réparabilité, la main-d’œuvre, les processus de maintenance, etc.

Quels types de véhicules faut-il privilégier ?

Les services d’autopartage proposent surtout de petites voitures citadines. Tout un nouveau champ s’ouvre à eux avec l’arrivée de petits véhicules électriques légers, appelés “véhicules légers intermédiaires” ou “vélis”. Ces véhicules présentent l’avantage d’être facilement réparables et peu énergivores. Certains d’entre eux peuvent même être réparés par les usagers simplement avec les consignes du constructeur. C’est donc surtout le niveau de réparabilité qui est déterminant dans le choix du véhicule.

Certains services d’autopartage proposent-ils également des véhicules intermédiaires actifs, à assistance électrique, à mi-chemin entre la petite voiture et le vélo ?

Dans le cadre d’une de nos recherches, nous avons étudié des alternatives de services d’autopartage qui incluent des véhicules légers intermédiaires (vélis) pas actifs, mais passifs (L7e) ; en milieu rural ou rural montagneux qui ont eu lieu, par exemple, à la commune d’Hédé-Bazouges ou à la CC Communauté de communes du Briançonnais. Ce dernier exemple s’est déroulé dans le cadre des expérimentations de l’extrême défi de l’ADEME. Les vélis semblent, pour certains usages, être une solution adaptable à quelques besoins d’une mobilité partagée.

Institut VEDECOM (Vedecom)

Implanté à Versailles, VEDECOM est un institut de recherche et d’innovation agissant comme un catalyseur pluridisciplinaire de la R&D dédiée aux mobilités durables et intelligentes.
- « Fondation public-privée, VEDECOM agit comme un tiers de confiance, fédérateur d’écosystèmes et interface entre l’industrie, le monde académique et les acteurs publics. »
- « Grâce à sa combinaison unique d’expertises — ingénierie, sciences humaines, sociales et économie — et à ses plateformes d’expérimentation, VEDECOM transforme la recherche en solutions concrètes, testées et démontrées sur le terrain. »
Création : 2014
• Expertises :
- Électrification et systèmes de recharge
- Mobilité automatisée et connectée
- Usages et impacts des mobilités
- Programmes de formation issus des projets R&D
• Membres fondateurs : Université Gustave Eiffel, ESTACA, ESIGELEC, Renault Group / Soutenu par l’État (France 2030)
• Effectif : environ 100 salariés
Président : Stephen Marvin
• Directeur général : Pascal Goumault
Contact : communication@vedecom.fr


Catégorie : Enseignement supérieur et formation


Adresse du siège

23 bis allée des Marronniers
78000 Versailles France


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Fiche n° 10293, créée le 29/09/2020 à 12:43 - MàJ le 04/05/2026 à 11:17


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