
Numérique et mobilité : « Des outils aux impacts multiformes, parfois contradictoires » (rapport IGEDD)
Pérenniser le PAN
Point d’accès national
transport.data.gouv avec un budget pluriannuel, garantir un « droit au non-numérique » avec des guichets physiques et un accueil téléphonique, intégrer les usages numériques de la mobilité dans les grandes enquêtes statistiques, développer l’Open Payment pour simplifier l’usage des transports, et créer un « commun de la route » souverain et partagé avec l’expertise de l’IGN
Institut national de l’information géographique et forestière
, telles sont les principales recommandations d’un rapport de l’IGEDD
Inspection générale de l’environnement et du développement durable
, daté de janvier et publié en mars 2026, qui analyse les interactions complexes entre les outils numériques et les déplacements quotidiens.
Les auteurs, Brigitte Baccaïni, Pierre Serne
Inspecteur (groupe II ) @ Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) • Conseiller municipal @ Mairie de Montreuil • Administrateur @ France Libertés - Fondation…
et Jérôme Taillé‑Rousseau, membres de l’inspection, ont audité ou rencontré environ 90 interlocuteurs. La lettre de mission, signée par Paul Delduc
Chef du service @ Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd)
, date de janvier 2025. Leur étude s’appuie aussi sur une double enquête en ligne menée auprès d’AOM locales (intercos) et régionales, avec l’appui de divers acteurs, dont le GART
Groupement des autorités responsables du transport
, et dont les résultats sont « partiellement concordants avec ceux de l’enquête menée en 2022 par l’Observatoire du MaaS
Mobility as a service ou Mobilité améliorée par association de services : type de service qui, via un canal numérique commun, permet aux utilisateurs de planifier, réserver et payer pour plusieurs…
du Cerema
Établissement public à caractère administratif sous la tutelle des ministères chargés du développement durable, de l’urbanisme et des transports• Création : 2014• Réseau : 27 implantations en…
».
« Quelle que soit l’activité, si les outils numériques permettent de supprimer des déplacements, ils ne conduisent pas nécessairement à une baisse globale de la mobilité quotidienne, tant au niveau individuel que collectif. Ils peuvent en revanche conduire à une certaine recomposition de ces mobilités. Le numérique peut améliorer les conditions et le confort de la mobilité considérée comme contrainte et favoriser le report modal de la voiture vers les transports publics ou les modes actifs. Les outils numériques ont de plus des impacts multiformes et parfois contradictoires sur notre mobilité et ne touchent pas toute la population ni tous les territoires de la même manière. Il est clairement apparu que le “tout numérique” ne pouvait en aucun cas être une solution. La nécessité de conserver le contact humain est reconnue par la plupart des acteurs territoriaux, en particulier pour les publics les plus fragiles ou moins à l’aise », indiquent-ils.
Autres recommandations
- Améliorer la connaissance statistique : intégrer des modules spécifiques sur les usages numériques de la mobilité dans les grandes enquêtes statistiques (TIC, EMC2 Enquête mobilité certifiée Cerema , EMP enquête « Mobilité des personnes » ) pour mieux mesurer les impacts réels ;
- Simplifier l’usage des transports : développer l’Open Payment (paiement par CB Carte bancaire ou smartphone directement à bord) comme outil de simplification pour les usagers occasionnels ;
- Soutien en ingénierie : accompagner les AOM Autorité organisatrice de la mobilité les moins dotées en ressources (petites collectivités) pour la mise en place d’outils numériques adaptés à leur territoire ;
- Protéger les libertés : préserver la possibilité d’une « mobilité discrète » en évitant la traçabilité intégrale des individus. Cela implique de permettre des titres de transport anonymes et des paiements en espèce.
Focus proposition : la création d’un « commun de la route »
• Ce projet évoqué dans le rapport consiste en la création d’une ressource numérique souveraine, fiable et partagée, destinée à servir de socle au développement de services de mobilité utiles au plus grand nombre.
• Il s’agirait d’une initiative collective visant à faire travailler ensemble l’État et les autorités locales pour mettre en commun et mettre à jour les données routières.
• Le projet s’appuie sur la mobilisation des outils et de l’expertise de l’IGN : l’idée est de transformer les outils de découverte du territoire de l’IGN en véritables services d’aide à la mobilité grâce à une commande publique.
• Ce projet s’inscrit dans la lignée de la circulaire du Premier Ministre du 05/09/2025, qui prône la convergence et la mutualisation des données géolocalisées et cartographiques ainsi que la production de services numériques associés.
• Avec un objectif de souveraineté puisque, contrairement à l’usage de données issues d’acteurs privés dont l’accès est parfois limité par le secret commercial, ce « commun » vise à garantir une infrastructure informationnelle publique et maîtrisée, pilotée par l’expertise publique (IGN).
Autres enseignements
- Ce rapport analyse également l’illusion d’une substitution totale entre déplacements physiques et numériques, qui se heurte aux réalités logistiques et aux navettes locales.
- Près d’un tiers des adultes français restent peu ou prou éloignés du numérique, ce qui cumule exclusion sociale et difficultés de mobilité, accentuant les écarts territoriaux.
- Les effets sont contrastés selon les distances et les contextes : en zones rurales ou périurbaines, le numérique peut compléter le TAD Transport à la demande , mais la voiture demeure le mode de transport dominant.
- Enfin, l’État dispose d’une expertise reconnue, mais sa stratégie reste fragmentée et manque de coordination interministérielle.
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