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Think Mobilités 2024 : « Créer un outil de formation adapté à nos métiers » (Florence Sautejeau, UTP)

News Tank Mobilités - Paris - Actualité n°318701 - Publié le 22/03/2024 à 18:12
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©  Seb Lascoux
Les besoins en formation liés à la décarbonation des mobilités - ©  Seb Lascoux

« Il existe énormément de formations en France qui nous intéressent, mais quasiment aucune n’est fléchée vers les transports ferroviaires et urbains. Nous avons un vrai problème d’identification. L’UTP Union des transports publics et ferroviaires créera donc, avec le soutien de France 2030, un véritable outil pour disposer de formations adaptées à nos métiers. Il ne s’agit pas de créer une grande école. Cela passera par des partenariats. Nous nous engouffrerons également dans la réforme du Gouvernement sur le baccalauréat professionnel. Nous créerons un bac pro+1 avec une mention complémentaire pour la maintenance des véhicules, qui insistera sur la dimension de mobilité durable », indique Florence Sautejeau Déléguée générale @ Union des transports publics et ferroviaires (UTP)
, déléguée générale de l’UTP, lors de la table ronde « Les besoins en formation liés à la décarbonation des mobilités » dans le cadre du Think Mobilités « Décarbonation des mobilités : quels investissements, coordination et compétences ? » organisé par News Tank Mobilités le 19/03/2024.

280 personnes étaient inscrites à l'événement qui s’est tenu de 9h à 14h à Sorbonne Université, Campus Pierre et Marie Curie (Paris).

Les intervenants lors de cette table ronde étaient :
• Patrice Omnes Directeur général @ Opco Mobilités • Délégué général @ Association nationale pour la formation automobile (ANFA)
, directeur général, OPCO Mobilités ;
• Florence Sautejeau, déléguée générale, UTP ;
• Didier Cazelles Directeur général adjoint (branche Territoires France) @ Keolis
, directeur général adjoint en charge de la branche Territoires en France, Keolis ;
• Sébastien Mariani Conseiller groupe CFDT @ Conseil économique, social et environnemental (Cese) • Secrétaire général adjoint Fédération générale transports et environnement @ CFDT • Secrétaire général adjoint de… , secrétaire général adjoint, Fédération générale Transports environnement FGTE-CFDT.


« Se former aux nouveaux métiers de la mobilité et continuer à se former sur ce qui existe déjà » (Patrice Omnes, OPCO Mobilités)

Patrice Omnes - ©  Seb Lascoux

  • « La priorité de l’OPCO Mobilités est de répondre à la demande et aux besoins. En 2023, nous avons financé la formation d’environ 500 000 stagiaires, avec un budget de 1,3 Md€. On dénombre environ 100 000 alternants en permanence dans les entreprises et 300 000 salariés et demandeurs d’emploi formés.
  • Le besoin de formation explose depuis plusieurs années pour diverses raisons. En premier lieu, il y a une pénurie de compétences. Nous manquons de salariés dans les métiers de la mobilité. Ensuite, il y a la conjonction de deux facteurs. Nous devons à la fois former aux nouveaux métiers de la mobilité (nouveaux usages, modes de transport, technologies, etc.) et en même temps continuer à se former sur ce qui existe déjà. En effet, la transition énergétique n’est pas une rupture qui se fera du jour au lendemain. Le véhicule électrique, par exemple, représente 2 à 3 % du parc roulant. Ce dernier sera encore essentiellement thermique pendant de nombreuses années. Les salariés devront donc avoir une double compétence.
  • L’OPCO répond aux besoins de formation en quatre axes :
    • l’accompagnement des entreprises sur la gestion des emplois et des parcours professionnels ;
    • le financement de la formation des salariés, chômeurs et jeunes alternants ;
    • la promotion des métiers de la mobilité ;
    • le soutien à l’investissement dans les centres de formation.
  • Nous lancerons également une plateforme destinée à former gratuitement les salariés des entreprises de la mobilité aux problématiques de la transition énergétique. Il y a 18 branches. Il y aura donc 18 programmes de formation différents. Nous concevrons bientôt les programmes de formation. La plateforme devrait ouvrir en septembre 2024.
  • Enfin, il est important de préciser que nous ne devons pas nous contenter de former les personnes directement concernées par la transition énergétique. Si nous ne formons que les mécaniciens, personnels de maintenance et conducteurs, nous n’aurons fait qu’une partie du travail. C’est une approche systémique. Nous devons aussi former l’encadrement, les personnels en fonction support, etc. Donc l’une des priorités dans les années à venir sera d’aborder tout l’environnement de la transition énergétique en plus des métiers techniques.
  • L’OPCO Mobilités est parvenu, en réunissant 18 branches, à mutualiser des moyens et un outil. L’enjeu est désormais de mutualiser un projet commun. Les branches ont des actions à mener ensemble pour développer les compétences. Il y a clairement matière à organiser la mobilité inter-branche et interentreprise. »

Patrice Omnes, directeur général, OPCO Mobilités

« Un besoin de 100 000 salariés dans les transports publics urbains et ferroviaires d’ici à 2030 » (Florence Sautejeau, UTP)

Florence Sautejeau - ©  Seb Lascoux

  • « Notre objectif est d'être prêts pour 2030. En effet, nous avons réalisé en 2023 deux diagnostics qui nous ont permis d’identifier un besoin de 100 000 salariés d’ici à 2030, dont la moitié environ sont des conducteurs. Il y aura aussi un besoin important dans les métiers de la maintenance. Tous les secteurs d’activité recherchent des mainteneurs.
  • Il existe énormément de formations en France qui nous intéressent, mais quasiment aucune n’est fléchée vers les transports ferroviaires et urbains. Nous avons un vrai problème d’identification. L’UTP créera donc, avec le soutien de France 2030, un véritable outil pour disposer de formations adaptées à nos métiers. Il ne s’agit pas de créer une grande école. Cela passera par des partenariats. Nous nous engouffrerons également dans la réforme du Gouvernement sur le baccalauréat professionnel. Nous créerons un bac pro+1 avec une mention complémentaire pour la maintenance des véhicules, qui insistera sur la dimension de mobilité durable. Nous avons aussi besoin d’ingénieurs. La cartographie de l’offre de formation que nous avons réalisée dans notre diagnostic montre que nous n’avons pas de titre d’ingénieur avec une spécificité sur la mobilité durable, le transport public et le transport ferroviaire.
  • L’enjeu est donc de construire une politique de branche de la formation, en complément de l’interprofession et de l’OPCO Mobilités, qui soit complètement adaptée. L’UTP n’a pas eu cette culture historique comme ont pu l’avoir la métallurgie ou le BTP. C’est précisément cela que nous construisons actuellement en faisant des partenariats avec des branches professionnelles qui ont un temps d’avance sur nous. Cela doit aboutir à la création de diplômes avec une coloration transport public et ferroviaire.
  • Au-delà de la question de la formation, l’enjeu est de réussir à être attractifs dans nos métiers. Ceux-ci sont au service des citoyens. Or, tous les salariés, en particulier les jeunes, sont en recherche de sens. La grande campagne d’attractivité que l’UTP doit mener en complément de celle des entreprises et de l’OPCO Mobilités consiste donc à valoriser nos métiers. Par ailleurs, il n’est pas normal que nous ayons si peu de femmes dans nos métiers (moins de 20 %). Y compris dans les métiers de la maintenance, qui ont beaucoup évolué.
  • Nous sommes aussi en négociation avec les organisations syndicales afin que les transitions des salariés soient beaucoup mieux huilées. La discussion avec les organisations n’est pas toujours simple, mais nous devons cheminer ensemble.
  • Enfin, n’oublions pas que les Régions occupent un rôle central dans l’orientation dans l’emploi. La formation est sur les territoires. Nous devons réfléchir à mieux travailler au plus près des territoires. C’est la raison pour laquelle nous associons les Régions à titre expérimental à notre projet de construction d’un outil de branche adapté pour la formation. »

Florence Sautejeau, déléguée générale, UTP

« Un défi quantitatif et un défi qualitatif dans la formation » (Didier Cazelles, Keolis)

Didier Cazelles - ©  Seb Lascoux

  • « Deux défis se présentent à nous en matière de formation. Tout d’abord un défi quantitatif. Nous devrons former de plus en plus de personnes. Et un défi qualitatif. Nous devrons adapter nos outils de formation aux spécificités des différents types de motorisation.
  • Concernant le défi quantitatif. En 2023, nous avons formé au sein de Keolis 1 400 collaborateurs. Nous nous attendons, dans les années à venir, à devoir augmenter de plus en plus notre volume de formation. La première raison est l’accélération des projets de transition énergétique et la seconde raison est que nos besoins en recrutements sont très importants. Nous recrutons entre 8 000 et 10 000 collaborateurs par an. Les cursus de formation initiale ne préparent pas à la transformation de nos flottes de bus et de cars.
  • Le secteur a peut-être aussi besoin de moderniser ses outils de recrutement. Keolis a par exemple développé des lunettes de réalité virtuelle qui permettent de présenter les métiers de la conduite et de la maintenance. C’est plus ludique et cela parle davantage aux jeunes.
  • Concernant le défi qualitatif. Dans le cas d’une bascule d’une motorisation diesel vers l’électrique, par exemple, tous nos métiers sont concernés. La formation est donc une étape essentielle dans la réussite d’un projet de transition énergétique. La conception d’un réseau électrique génère des besoins en ingénierie (IRVE Infrastructures de recharge pour véhicules électriques , travaux, etc.). Les conducteurs sont aussi concernés, car ils devront adopter une conduite anticipée et souple. Entre un conducteur formé à une conduite souple et un conducteur non formé, on observe un écart de consommation de 20 à 25 %. La formation des conducteurs pour le passage à l'électrique se déroule en général en deux jours. Il faut aussi les former aux consignes d’incendie, etc.
  • Dans la maintenance, les transformations sont plus profondes lors du passage du diesel à l'électrique. Il faut notamment passer une habilitation électrique. Pour ce genre de geste, nous externalisons auprès d’organismes de formation comme l'Aftral Pôle de formations en transport et logistique en France (formations certifiantes et diplômantes du CAP à à BAC+6) . Par ailleurs, effectuer la maintenance d’un véhicule électrique, c’est aussi passer de l’intelligence de la main à l’intelligence dans l’utilisation d’outils informatiques. En effet, un véhicule électrique embarque énormément de logiciels de diagnostic qui génèrent de la data. Cela change profondément la façon d’appréhender la maintenance. Sachant que les mainteneurs sont âgés en moyenne de 50 ans et qu’ils ont exercé leur métier sur des moteurs diesel pendant 15 ans. Cela demande donc d’organiser un véritable suivi individualisé. »

Didier Cazelles, directeur général adjoint en charge de la branche Territoires en France, Keolis

« Un statut de salarié des transports dans la transition écologique » (Sébastien Mariani, FGTE-CFDT)

Sébastien Mariani - ©  Seb Lascoux

  • « Concernant le recrutement, nous avons un défi important à relever en matière d’emploi. Le SGPE Secrétariat général à la planification écologique a chiffré le déficit d’emplois à 384 000 dans l’ensemble des transports d’ici à 2030. Nous aurons besoin de 45 000 conducteurs en plus. Pour attirer des salariés, il faut un récit positif autour des emplois de la mobilité. Mais il faut aussi orienter les jeunes tout en féminisant les métiers et en intégrant des travailleurs en situation de handicap. Nous pouvons utiliser des dispositifs sociaux comme les contrats de ville et mener des actions de médiation pour valoriser les emplois des mobilités décarbonées.
  • La transition écologique apporte aussi des compétences transversales comme l’adaptation au changement. On s’aperçoit que parmi les apprentis issus des CFA Centre de formation d’apprentis mobilités qui ne poursuivent pas, une part importante a des défauts d’adaptation à des règles très contraignantes. La capacité d’adaptation est donc aussi un aspect important. Nous avons donc besoin de travailler aussi sur ces compétences transversales.
  • Concernant la reconversion professionnelle, le principal enjeu est la sécurisation pour le salarié. Nous pourrions insister auprès des conseillers en évolution professionnelle, afin qu’ils orientent davantage sur le sujet des mobilités décarbonées. Nous pouvons aussi améliorer le projet de transition professionnelle. Actuellement, il n’est pas ouvert aux demandeurs d’emploi. C’est l’une des revendications de la CFDT que de l’ouvrir aux demandeurs d’emploi. Par ailleurs, la démission / reconversion permet certes de toucher l’indemnité chômage pour se former, mais celle-ci diminue de plus en plus. Lorsqu’on s’oriente vers un métier de la mobilité décarbonée, il faudrait pouvoir bénéficier d’une indemnisation plus longue.
  • Dans le ferroviaire, nous poursuivons un projet d’accord sur la sécurisation de l’emploi. Au sein de la branche, nous pouvons imaginer des dispositifs qui permettent de sécuriser les salariés en transition professionnelle. Il existe des outils dans le Code du travail comme la mobilité volontaire sécurisée qui permet au salarié d’exercer une activité dans une autre entreprise tout en gardant la possibilité, pendant une certaine durée, de revenir dans son entreprise d’origine. Nous pourrions là aussi prioriser ce dispositif sur les mobilités décarbonées dans le cadre d’un accord de branche.
  • Enfin, concernant la transformation des métiers, l’enjeu est l’accompagnement des salariés dans la formation aux nouveaux gestes. Les répercussions sont multiples pour le salarié. Il y a d’abord le temps de formation, pendant lequel il n’exerce pas son activité. On lui demandera aussi parfois d’exécuter de nouvelles tâches (l'écoconduite par exemple) et d'être plus polyvalent. À la CFDT, nous estimons qu’il faut valoriser ses nouvelles tâches dans la rémunération, mais aussi sécuriser le salarié durant les temps de formation. Dans la mobilité, les primes d’activité sont importantes. Il faut donc garantir que le salarié en formation ne s’expose pas à un déficit de rémunération. Ce que nous revendiquons, c’est un statut de salarié des transports dans la transition écologique.
  • Nous avons trois défis à relever entre les acteurs sociaux du secteur de la mobilité :
    • plus de transversalité entre les filières et les acteurs ;
    • avoir de la visibilité sur les investissements dans la mobilité dont découlent directement les besoins en formation ;
    • l’intelligence collective pour mener des diagnostics et des formations en commun. »

Sébastien Mariani, secrétaire général adjoint, Fédération générale Transports environnement FGTE-CFDT

Patrice Omnes


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Parcours

Opco Mobilités
Directeur général
Association nationale pour la formation automobile (ANFA)
Délégué général
CCI France
Directeur de projets
CRCI Haute-Normandie
Directeur général
Chambre de Commerce et d’Industrie Versailles-Yvelines (CCI)
Directeur général adjoint développement économique et entreprises
CCI France
Directeur général adjoint formation, emploi, intelligence économique et TIC

Établissement & diplôme

Université de Bordeaux
Maîtrise AES - droit des Affaires
Sciences politique Bordeaux (économie et finances)
Diplômé

Fiche n° 41412, créée le 22/10/2020 à 19:22 - MàJ le 21/01/2024 à 16:25

Florence Sautejeau


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Parcours

Opco Mobilités
Trésorière adjointe
Fédération nationale des travaux publics (FNTP)
Directrice générale déléguée en charge des affaires sociales
Fédération nationale des travaux publics (FNTP)
Directrice des Affaires sociales et de la Formation
Présidence du Sénat
Conseillère technique en charge des affaires sociales, des entreprises et de la formation professionnelle
Ambassade de France en Italie
Conseillère en charge des affaires sociales
Gérard Larcher, ministre délégué à l’Emploi, au Travail et à l’Insertion professionnelle des jeunes
Conseillère en charge des relations du travail et de l’emploi des seniors
Association française des entreprises privées (AFEP)
Directrice des affaires sociales
Liaisons Sociales et Social Pratique
Journaliste puis rédactrice en chef

Fiche n° 45078, créée le 14/01/2022 à 10:32 - MàJ le 19/09/2023 à 17:54

Didier Cazelles


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Parcours

Keolis
Directeur général adjoint (branche Territoires France)
Elior
Directeur général (pôle Autoroutes et Loisirs pour la France et l’Europe du nord)
SNCF
Directeur des opérations branche TGV

Établissement & diplôme

Écoles des Ponts & Chaussées
Ingénieur
Institut d’Etudes Politiques de Paris
Diplômé

Fiche n° 51018, créée le 04/03/2024 à 13:11 - MàJ le 04/03/2024 à 13:11

Sébastien Mariani


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Parcours

CFDT
Secrétaire général adjoint Fédération générale transports et environnement
CFDT Cheminots
Secrétaire général adjoint de l’UFCAC-CFDT
SNCF SA
Membre du conseil de surveillance
SNCF Réseau
Chef du service organisation et documentation
RESEAU FERRE DE FRANCE
Chef du service organisation et documentation
RESEAU FERRE DE FRANCE
Chargé de mission
Assemblée nationale (AN)
Assistant parlementaire
Anah - Agence Nationale Pour l’Amelioration de l’Habitat (Anah)
Chargé d'études
Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR)
Chargé d'études

Établissement & diplôme

Université Paris-Sorbonne
Diplôme d'études supérieures spécialisées (Master), Aménagement et urbanisme
Sciences Po Paris (IEP Paris)
Diplôme de l’Institut d'études politiques, Service Public
Université Paris-Sorbonne
Diplôme d'études approfondies (master), Géographie et aménagement
Université Paris-Sorbonne
Licence de philosophie
Université Paris-Sorbonne
Licence et Maîtrise en Géographie

Fiche n° 47122, créée le 06/09/2022 à 17:44 - MàJ le 21/01/2024 à 16:23

©  Seb Lascoux
Les besoins en formation liés à la décarbonation des mobilités - ©  Seb Lascoux